Presentation / personnalités
par Joseph VITE
Tiré de Point D'Orgue (1999)
Point d'Orgue - C'est la première fois qu'il m'est donné d'interroger le titulaire d'un orgue de cathédrale. Mais ce n'est pas te faire injure, mon cher Guillaume, que te dire que je ne suis pas trop intimidé. Ce qui me semble important, c'est de pouvoir présenter aux lecteurs de "Point d'Orgue" le parcours d'un organiste professionnel. Ma première question sera la suivante: quelle a été la toute première étape dans l'étude de la musique et de l'orgue?
Guillaume MARIONNEAU - J'ai commencé l'étude du piano à l'âge de six ans, d'abord en autodidacte. La lecture d'une partition ou l'improvisation étaient pour moi des jeux, comme n'importe quels jeux d'enfant. A sept ans, je prenais mes premières leçons de solfège et de piano. Ma passion pour l'orgue ne m'est venue qu'à l'âge de quatorze ans.
Point d'Orgue - Y avait-il simplement l'attrait pour la musique et l'instrument, où déjà le projet de remplir une fonction liturgique?
Guillaume MARIONNEAU - Ce qui m'intéressait le plus, c'était l'orgue lui-même. J'étais complètement fasciné par ses sonorités, les noms des registres, les buffets et les tuyaux de façade qui rendent l'instrument tellement mystérieux. Le projet de remplir une fonction liturgique ne m'est venu qu'après, quand j'ai suivi les stages d'orgue à Chavagnes-en-Paillers.
Point d'Orgue - Quels ont été les premiers maîtres pour cette formation?
Guillaume MARIONNEAU - J'ai travaillé le piano avec Jeanine SERVANT, professeur de piano à la Mothe Achard. Puis ce sont Brigitte LORVOIRE et le Père Abel GABORIT qui m'ont guidé dans mes premiers pas à l'orgue, jusqu'à dix-huit ans. Au cours de mes études supérieures, j'ai eu successivement, Olivier VERNET, Dominique FERRAN et Didier LEDOUX comme professeurs.
Point d'Orgue - S'est-il trouvé une personne dont l'influence a été décisive, tant au niveau technique, qu'au niveau proprement liturgique?
Guillaume MARIONNEAU - La personnalité du Père Abel GABORIT m'a certainement beaucoup marqué. C'est à lui que je dois ma passion pour la musique liturgique, et d'avoir découvert le Cavaillé-Coll de la cathédrale de Luçon.
Point d'Orgue - Bien entendu, tu as participé comme élève au "Stage des Jeunes Organistes Liturgiques": c'était quand et où? Quels souvenirs marquant en as-tu conservé?
Guillaume MARIONNEAU - J'ai suivi un premier stage en 1990, à Chavagnes-en-Paillers. J'y suis toujours retourné depuis, en tant qu'élève jusqu'en 1992, et comme professeur à partir de 1993. De ces stages, j'ai appris à connaître la liturgie, le chant, et, bien sûr, l'orgue et sa musique.
Point d'Orgue - La décision de pousser plus loin et de faire des études supérieures de musique a-t-elle été difficile à prendre, ou bien répondait-elle à un souhait mûri depuis longtemps?
Guillaume MARIONNEAU - C'est au moment de passer le Baccalauréat que j'ai décidé de me consacrer à la musique. Je dois dire que j'étais plutôt hésitant sur mon avenir, à l'époque. Mais, une fois les études musicales commencées, je savais que mon futur métier porterait sur l'enseignement de la musique.
Point d'Orgue - Combien de temps ont duré ces études supérieures? Faut-il y distinguer la formation générale et l'étude proprement dite de l'orgue?
Guillaume MARIONNEAU - Ma formation a duré six ans. Elle s'est répartie entre le conservatoire de Tours, pour l'orgue et l'écriture, la Faculté de musique pour la formation plus générale, et le CEFEDEM de Poitiers pour la préparation au diplôme d'état de professeur d'orgue. Ce sont les deux dernières années qui ont été les plus enrichissantes pour moi: j'ai pu prendre le temps de m'investir dans des musiques radicalement différentes de la musique européenne classique.
Point d'Orgue - Succéder au Chanoine Abel GABORIT c'est une importante mission. Qu'est-ce qui t'a encouragé? Qu'est-ce qui t'a fait réfléchir?
Guillaume MARIONNEAU - Il m'a paru évident qu'il ne fallait pas que s'arrête l'action entreprise par le Père Abel GABORIT depuis 38 ans! Il faut que les stages d'orgue continuent à contribuer à la formation d'organistes au service de la liturgie des paroisses. Ma mission, je la conçois dans cette continuité, même si les conditions de réalisation sont différentes aujourd'hui.
Point d'Orgue - En sortant du service militaire, il t'a fallu assumer la responsabilité du 38ème Stage. Quelles sont tes impressions?
Guillaume MARIONNEAU - J'ai trouvé au stage des jeunes, qui sont déjà passionnés par l'orgue et par la liturgie, et qui ont une soif de connaissances qui m'impressionne. Par ailleurs, il n'est pas toujours facile de gérer tout en même temps: la partie administrative, le planning quotidien, les contacts avec les professeurs. Heureusement, je suis aidé efficacement dans ma tâche par le père Louis-Marie FILLON, et par Benoît PUPIN.
Point d'Orgue - Etre musicien d'église n'est sans doute pas le moyen de faire fortune, mais fais-tu malgré tout confiance en l'avenir?
Guillaume MARIONNEAU - Dans notre pays, les catholiques pratiquants réguliers ne constituent qu'une petite minorité, et, qui plus est, une minorité relativement âgée. Ce n'est pas toujours le cas chez nous, en Vendée, mais force est de constater que les vocations sacerdotales sont rarissimes. Et je ne parle pas des problèmes liturgiques et musicaux qui paraissent parfois insurmontables... Dans ces conditions, le musicien d'église ne peut pas prétendre à grand chose, d'autant que la musique qu'il essaie de faire et de transmettre est bien souvent considérée comme secondaire dans la vie de l'église. Pourtant, malgré ce tableau un peu noir, je constate que les actions menées par les musiciens d'église, quand elles reposent sur des bases solides, portent des fruits. Mais il faut de la patience et de la persévérance.
Point d'Orgue - Dans la fonction qui est la tienne désormais, quel est ton principal souci et ta plus haute ambition?
Guillaume MARIONNEAU - En ce qui concerne mon service à la cathédrale, mon souci principal est de participer activement à la préparation musicale des offices, en lien avec le chef de choeur, les animateurs de chant, les choristes et les prêtres de la paroisse.
Point d'Orgue - Merci, mon cher Guillaume, de toutes ces confidences. C'est de tout coeur que l'Association des Amis de l'Orgue te souhaite de réaliser un fécond apostolat musical pour la plus grande gloire de Dieu, comme le notait Jean-Sébastien BACH, au bas de ses partitions.